LA HAINE DU JUIF, UNE TRADITION EUROPÉENNE ?

On en parle pratiquement tous les jours, d’une façon ou d’une autre pour exposer des méfaits qui font la une des journaux. Mais bien souvent, les journalistes n’osent pas utiliser LE mot, ce mot que tout le monde redoute, ce mot qui renvoie aux plus sombres pages de l’Histoire de l’Europe, surtout avant et pendant la deuxième guerre mondiale. À d’autant plus forte raison qu’il est maintenant illégal d’avoir des sentiments ou de faire des déclarations à connotation antisémite… Le mot est lâché… Et bien entendu, depuis qu’il est devenu illégal de détester le Juif, ceux qui auparavant se donnaient un malin plaisir de les calomnier, les moquer, les ridiculiser, se retrouvent fort au dépourvu pour manifester dorénavant leur profonde haine de ce peuple. Ce peuple depuis toujours incompris, toujours accusé des pires maux de la terre, toujours expulsé de la société pour les enfermer dans des quartiers spéciaux de nos villes européennes d’où ils ne peuvent sortir qu’à l’aube.

On a l’impression que pour beaucoup, fréquenter ce peuple pourrait les contaminer, faire d’eux des « collabos » de ces traitres qui, tout le monde le sait, ont trahi Jésus dans la personne de Judas et l’ont même tué… alors que la Bible nous montre clairement que ce sont les soldats romains qui l’ont crucifié… Mais on n’est plus à un détail près…

A travers les siècles on a toujours détesté les Juifs. Un exemple clair de cet antisémitisme nous est transmis par la Bible dans le livre d’Esther, écrit il y a 2500 ans… Mais il faut avouer que les choses n’ont fait qu’empirer avec l’arrivée du christianisme sur la scène du monde… Dès le tout début, les « Pères de l’Église » ont fait preuve de créativité pour non seulement faire passer les Juifs pour les pires monstres mais aussi pour se déconnecter d’eux, alors que la Bible nous montre clairement que l’Église est née à l’ombre de la Synagogue et du Temple de Jérusalem. On pourrait même dire que l’Église est la descendante directe du judaïsme de l’époque romaine. Mais évidemment, pour les européens de l’époque, devoir se convertir à une religion aux origines juives serait tout à fait inconcevable pour ne pas dire scandaleux, vu les sentiments antisémites répandus parmi le peuple notamment par certains auteurs gréco-romains. Et c’est ainsi que pour rendre cette nouvelle religion un peu plus attrayante, on a décidé de carrément se couper une fois pour toutes des Juifs et de l’Ancien Testament. Marcion, un hérétique de l’époque en était arrivé au point de dire que le Dieu de l’Ancien Testament n’est pas le même que celui du Nouveau Testament. Le premier est sévère, vengeur, violent. Le deuxième s’est finalement adouci et est devenu bon et miséricordieux… alors qu’il est clair qu’il n’y a qu’UN seul Dieu dans la Bible. Adonaï Ekhad… le Dieu d’Israël.

« On ne peut pas aimer Dieu sans aimer le peuple juif.  »
— Corrie Ten Boom

Des dizaines d’ouvrages ont été écrits sur le sujet de l’antisémitisme. Je n’entrerai donc pas dans les détails. Si vous voulez en savoir plus, renseignez-vous. J’ai moi-même écrit un livre qui présente, entre-autre, chronologiquement les dates essentielles des évènements antisémites et il faut constater qu’ils ont tous eu lieu en Europe… et malheureusement ils sont loin de s’être arrêtés après la deuxième guerre mondiale.

Le Pasteur Adolphe Hunziker (né à Vevey, en Suisse) fonda en 1935 la première Église Évangélique du Réveil à Genève. Dans son article, publié en 1975, « Israël, nous n’avons pas bonne conscience » il ne désire pas faire le procès du christianisme, qui s’est grossièrement trompé dans ses séductions philosophiques, politiques, sociales et religieuses envers Israël. Partout où le christianisme a progressé, les Juifs sont devenus le bouc émissaire, leur souffre-douleur. Charles Péguy (écrivain français 1873-1914) écrivit : « Je connais bien ce peuple. Il n’y a pas sur sa peau un seul point qui ne soit douloureux, où il n’y ait pas la mémoire d’une souffrance, une cicatrice, une blessure d’Orient ou d’Occident » Oui, les Juifs devinrent les souffre-douleurs universels. Ils furent 7 fois expulsés de France… 17 tonnes d’or furent récupérées des Juifs (bijoux, dents, etc) Le pasteur Hunziker pose la question : « Comment et pourquoi de telles aberrations sont-elles possibles ? » Comme réponse, il énumère les raisons religieuses, sociales et spirituelles.

-       Raisons religieuses : « Les Juifs furent accusés de déicide et ceci donna un bon alibi en alimentant la haine et le mépris, par un enseignement religieux borné et tendancieux »

-       Raisons sociales : « Les Juifs furent enviés par les ignorants à cause de leur savoir, leur culture et leurs réussites, faisant l’envie des pauvres et la jalousie des riches. On a fait des Juifs les responsables des crises sociales »

-       Raisons spirituelles : « Quand le chrétien ne vit plus selon l’esprit du christianisme, alors s’installe en lui une mauvaise conscience et il devient agressif et cherche un « bouc émissaire » Il existe maintenant un antisémitisme larvé ou inconscient de nombreux chrétiens et Européens qui prend une nouvelle forme : L’antisionisme »

 

Comme remède, le pasteur propose la repentance : « Celui qui cache ses transgressions ne prospère point, mais celui qui les avoue et les délaisse, obtient miséricorde » (Prov. 28 :13). Récemment, j’entendais une des sœurs de Darmstadt (Allemagne) expliquer que lorsqu’une personne a commis un crime et se retrouve en prison, il n’est pas le seul à subir la honte d’être incarcéré, mais toute sa famille et ses amis. De même l’Église du 21ème siècle doit comprendre qu’elle incarne les horreurs commises par ses prédécesseurs au nom du Christ à travers les siècles. Tout comme Daniel qui n’avait pas commis de péché mais il s’identifie à son peuple et demande pardon en son nom. L’Église a plus que jamais, besoin de se repentir et cette repentance doit être accompagnée de réparation pratique des torts. Une façon de réparer ces torts est d’enseigner dans les églises, le rôle primordial d’Israël dans le plan de Dieu et dans le cœur de Dieu afin, justement, de se débarrasser de ces préjugés antisémites profondément enracinés dans le cœur des européens.

Ce processus de réparation des torts, résumé en 10 points, avait été clairement et courageusement présenté par Jules Isaac, le fondateur des « Amitiés Judéo-Chrétiennes » en 1947. J’ai moi-même été élu comme membre du Conseil de l’Amitié Judéo-Chrétienne de Rome lors de mon séjour dans cette ville. Mais il faut reconnaître que cette tentative de rapprochement n’a suscité que peu d’intérêt parmi les chrétiens…

Il est triste de constater que malheureusement, de nos jours, la majorité des églises n’ose toujours pas se prononcer, ni défendre nos « frères aînés » comme les appelait le Pape Jean-Paul II lors de son allocution à la synagogue de Rome en 1986. Le peuple juif et Israël sont de plus en plus attaqués, calomniés, accusés, rejetés et condamnés. Alors, souvenons-nous de l’avertissement de Mardochée à Esther : « Ne t'imagine pas que ta position au palais te permettra d’être sauvée, au contraire de tous les Juifs. En effet, si tu gardes le silence maintenant, le secours et la délivrance surgiront d'autre part pour les Juifs, tandis que ta famille et toi vous mourrez…» (Esther 4 :13-14)

 

Luc Henrist

Luc Henrist