LE DÉNI, SYSTÈME DE DÉFENSE

Nous vivons dans une société où il n’est pas bon de dire la vérité car cela parait trop dur, trop agressif. Par conséquent, de plus en plus de gens ont recours au « déni ».

En psychologie et en psychanalyse, le déni est un mécanisme de défense inconscient par lequel un individu refuse de reconnaître la réalité d'une perception, d'un événement ou d'une situation vécue comme trop menaçante, angoissante ou traumatisante pour son équilibre psychique. Il ne s'agit ni d'un mensonge délibéré ni d'une simple mauvaise foi ; la personne n'a pas conscience de nier la réalité. Le déni agit comme un amortisseur ou un bouclier pour éviter un effondrement émotionnel ou une angoisse insupportable face à un choc (comme un deuil, une maladie grave ou un traumatisme). Il ne faut pas le confondre avec l’évitement qui est souvent conscient (fuir une discussion ou une situation) alors que le déni nie l’existence même du problème.

Une amie psychologue défini le déni de cette façon: “C’est un mécanisme de défense qui permet d’oublier, de mettre au plus profond de soi, soit une agression, soit un état de victime. Une victime en refoulant et en niant ce qui lui est arrivé. Et ainsi, elle n’aura pas à assumer les conséquences traumatiques de ce qu’elle a subi. Et c’est quelque chose qui peut marcher quelques décénies. C’est ainsi que des victimes des guerres quand ils arrivent à l’âge de 80 ans, commencent à parler ouvertement de leur souffrance comme si c’était hier. Et pour ceux qui étaient les agresseurs, cela leur permet de minimiser les conséquences de leurs actes. Par exemple, un soldat qui était sous l’autorité de Hitler se cache derrière l’autorité à laquelle il devait obéir. Cela lui permet d'avoir une “bonne conscience”. Ce n’est pas de ma faute, c’est lui qui a décidé. Et certains chrétiens allemands ont justifié leur collaboration avec les nazis en disant qu’ils obéissaient simplement aux autorités. Donc c’est un mécanisme qui permet de ne pas faire face aux conséquences de ses actes.”

Je regardais un documentaire intitulé “Jusqu’au dernier Juif” sur la chaîne “Histoire”. Plusieurs personnes sont intervenues. Une personne qui avait été juge pendant le procès de Nuremberg (20 novembre 1945 au 1er octobre 1946), disait que pas un seul de ces soldats nazis n’avait plaidé coupable. A leurs yeux, ils étaient tous innocents et on devrait même les complimenter, car, justement, ils avaient exécuté fidèlement les ordres venant de leurs supérieurs. Un de ces témoins disait qu’un nazi racontait qu’au bord d’une fosse commune déjà remplie de Juifs, il a dû descendre car parfois l’un ou l’autre n’était pas encore mort. Il les achevait d’une balle dans la tête. Et il disait: “Imaginez-vous descendre dans cette fosse, et devoir tremper mes bottes dans le sang de ces Juifs”… Bref, le criminel se transforme en victime et veut nous faire comprendre qu’on devrait avoir pitié de lui…

En France, il existe un endroit très peu connu et qui pourtant est un des rares lieux historiques bien conservés de ce passé nauséabond que certains préfèrent camoufler ou ignorer. Il s’agit du camp des Milles. C’est un camp d'internement et de déportation français, ouvert en septembre 1939, dans une usine désaffectée, une briqueterie, au hameau des Milles sur le territoire de la commune d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

Entre 1939 et 1942, il a connu l'internement de personnes de statuts divers et relevant de 39 nationalités, y compris, sous le régime de Pétain, d’enfants nés français et de résistants, pour devenir finalement une antichambre d’Auschwitz avec la déportation de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants juifs en août et septembre 1942 dans le cadre de la Shoah.

Dans cet endroit, on trouve une série de panneaux qui décrivent d’un point de vue psychologique comment une personne ordinaire peut en arriver à commetre des actes immondes par crainte des represailles et justifier ses actes en niant sa culpabilité. Un de ces panneaux parle de “Génocide” et dit ceci: “Le crime de génocide s’applique uniquement aux actes commis dans le but déterminé d’exterminer un groupe national, ethnique ou religieux […] Trois génocides sont le plus couramment reconnus par les historiens du XXème siècle: contre les Arméniens en 1915-1916, contre les Juifs en 1939-1945 et contre les Tutsis rwandais en 1994 […] Étant le plus grave des crimes contre l’humanité, le génocide est souvent devenu synonyme de “mal absolu”. Du coup, le terme de génocide est parfois utilisé, voire exploité, pour des situations très douloureuses, mais qui ne sont pas des génocides. Cela conduit aujourd’hui à un risque grave d’affaiblissement voire de banalisation de la notion de “génocide”… Comme le disait Albert Camus: “Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde”…

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde »
— Albert Camus

Sur un autre panneau “Stéréotypes et Préjugés”, on peut lire: “Généralement fondé sur des stéréotypes, le préjugé est quant à lui, un jugement à priori traduisant une méconnaissance, une méfiance, voire une hostilité à l’égard d’un groupe humain”. Et sur un autre panneau intitulé “L’habit peut faire le diable”, il est écrit: “…Dans certaines situations de conditionnement, un individu ordinaire peut oublier ses propres principes de conduite, abuser de son pouvoir et ne pas se sentir personnellement responsable des souffrances qu’il inflige aux autres. On a pu parler d’”effet Lucifer” qui transforme en “monstres” des gens ordinaires.” Et plus loin: “Il existe des fonctionnements humains qui favorisent des processus sociétaux dangereux, et ceux-ci peuvent aller jusqu’aux crimes de masse: soumission aveugle à l’autorité, conditionnement à la violence, passivité et non-assistance à personne en danger, effet de groupe et tendance au conformisme”.

De nos jours, au nom de la “gentillesse”, on refuse de heurter les gens et on choisi de ne pas leur dire la vérité. On vit dans le déni pour ne pas être mal vu ou rejeté sinon vous risquez d’être jugé comme étant trop “dur”, trop “radical”. Imaginez-vous un médecin qui, au nom de la gentillesse, vous dirait de ne pas vous inquiéter, alors qu’il sait bien que vous êtes gravement malade, simplement pour ne pas heurter vos sentiments?

Le problème c’est que notre société vit dans un spectacle permanent. Cela me rappelle le poème de Dante Alighieri “La divina commedia” qui, en dépit de son titre, raconte la traversée de l’enfer... De nos jours, tout est mis en scène. Dans nos rapports avec les autres, on ne se montre pas tel qu’on est vraiment, on joue le rôle qu’on attend de nous. Sur les réseaux sociaux, et grâce à l’IA, on peut maintenant se faire passer pour quelqu’un de complètement à l’opposé de ce qu’on est vraiment. Il est très difficile de rencontrer des personnes qui n’ont pas peur de se montrer telles qu’elles sont, avec leurs qualités… et leurs défauts.

Pour sortir de cette “comédie”, pour “être vrai”, il nous faut enlever nos masques, nos déguisements, nos prétentions et avoir le courage de nous montrer tels que nous sommes vraiment. Si on vous accepte tel que vous êtes, c’est qu’on vous aime pour qui vous êtes. Mais si vous devez jouer la comédie vous êtes un acteur et pas vous-même. Acceptons-nous les uns les autres, tels que nous sommes. C’est la façon dont Dieu nous accepte. Mais une fois qu’il nous a acceptés, il ne va pas nous laisser avec tous nos défauts, il va nous permettre de grandir et de nous débarrasser petit à petit, de ces défauts.

« C’est pourquoi, vous débarrassant du mensonge, dites chacun la vérité à votre prochain, car nous sommes membres les uns des autres. »
— Éphésiens 4:25

Arrêtons de nier la réalité, ne nous faisons plus passer pour des personnes intouchables, invincibles qui ne souffrent pas. Et ne nous faisons pas non plus passer pour des innocents aux mains qui ont répandu du sang ou fait beaucoup de mal par nos actions et nos paroles…

« Celui qui cache ses transgressions ne prospère point, mais celui qui les avoue et les délaisse obtient miséricorde » (Prov. 28 :13)

 

Luc HENRIST

Luc Henrist